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Madagascar : un lanceur d’alerte du ministère de la Santé pour la Justice

Madagascar : un lanceur d’alerte du ministère de la Santé pour la Justice


En avril 2021, un agent du ministère de la Santé à Madagascar avait dénoncé les malversations et la corruption au sein de son ministère dans une vidéo, qui est fréquemment reprise sur les réseaux sociaux. Dans les jours qui suivent, le trentenaire est sommé par la gendarmerie de  » diffamation et cybercriminalité Lundi 15 novembre, il a comparu devant le tribunal correctionnel d’Antananarivo pour atteinte à la sécurité publique, incitation à la haine contre le gouvernement et incitation à la violation des lois du pays.Une audience suivie de près par la presse et par les organisations de défense des droits humains.

Avec notre correspondant à Antananarivo, Sarah Tétaud

« Avez-vous vérifié l’exactitude des déclarations de mon client? », s’interroge Maître Rafidison, avocat de Ravo Ramasomanana, lors de sa plaidoirie auprès du représentant de l’Etat malgache, partie civile dans l’affaire.  » Non, pas encore, reconnais ce dernier, mais on va le faire. »

L’audience a duré à peine 30 minutes. Assez pour que l’avocat du prévenu rappelle toutefois au juge que son client a également déposé une plainte auprès du Conseil anti-corruption pour faux, usage de faux et détournement de fonds publics au sein du ministère de la Santé.

« Tout d’abord, j’ai demandé au tribunal correctionnel d’attendre l’issue de la plainte que nous avons déposée auprès du pool anti-corruption afin d’éviter toute contradiction entre les décisions qui seront prises au niveau du pool anti-corruption et ce tribunal. »

Pas de protection des lanceurs d’alerte

A l’issue de l’audience, devant la presse, l’avocat a ouvertement déploré l’absence de disposition légale pour protéger les lanceurs d’alerte comme son client :  » Si quelqu’un vous dit qu’un voleur est entré par effraction dans votre maison, contre qui allez-vous porter plainte ? Contre le voleur ou contre l’accusateur ? Au lieu d’aider mon client à faire en sorte que justice soit faite, l’Etat le poursuit au pénal, sur la base des informations révélées… Cela veut dire qu’à Madagascar on ne peut pas dire qu’on est libre dans ses propos pour le moment. »

Devant le tribunal, le visage grave et les traits tirés, Ravo Ramasomanana raconte au micro de RFI comment tout s’est passé :  » En avril dernier j’étais très malade à cause du Covid. J’ai été confronté à la mort ; C’était le déclencheur, qui m’a amené à exposer les manigances dont j’avais été témoin pendant des mois. Je devais partager ça et ne pas l’emporter avec moi dans ma tombe, ça m’a donné le courage de faire la vidéo. »

Il a soigneusement archivé les preuves de ce qu’il a dénoncé. Ils ont été envoyés à la police anti-corruption et ajoutés à son dossier.  » Si je pouvais le refaire je le ferais Il a dit.

Jusqu’à cinq ans de prison

Son avocat a plaidé pour l’acquittement, il espère être acquitté et montrer l’exemple :  » Il donnera ainsi du courage à d’autres fonctionnaires qui sont victimes de pressions de leurs supérieurs pour commettre des fraudes, dans tout ce qui est contrefaçon et farce. Il poussera aussi à dénoncer la malhonnêteté au niveau du gouvernement malgache. »

Le verdict devrait être rendu le 29 novembre. Ravo Ramasomanana risque jusqu’à 5 ans de prison. Lundi, la société civile a exhorté le gouvernement à cesser de supprimer les dénonciateurs.  » Les autorités doivent immédiatement abandonner toutes les charges retenues contre Ravo Ramasomanana et veiller à ce qu’il puisse exercer librement son droit à la liberté d’expression sans représailles « , ont-ils soutenu dans un communiqué.

Aujourd’hui plus que jamais, ils demandent l’étude et l’approbation de l’avant-projet de loi sur la protection des lanceurs d’alerte, entre les mains du ministère de la Justice.  » L’adoption de cette loi est à la fois une obligation et une nécessité qui doit s’inscrire dans les priorités du pouvoir actuel, pour affirmer sa volonté affichée de lutter efficacement contre la corruption. », ont-ils déclaré.

Lire aussi : Madagascar : face aux menaces et aux pressions, les militants s’organisent

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